Pourquoi l’arrivée des enfants se solde-t-elle si souvent par des tensions au sein du couple?

Un amour fou, des enfants, une famille….et, soudain, ça grince les chamailleries s’enchaînent. A quoi bon ? Les réponses de Serge Hefez psychiatre et thérapeute de couple et de la famille.

Pourquoi l’arrivée des enfants se solde-t-elle si souvent par des tensions au sein du couple?

Accéder à la parentalité est un bouleversement. Jusque-là, le couple sans enfant avait pu être inventif s’affranchissant des codes et des rôles autrefois impartis aux hommes et aux femmes. L’équilibre avait pu reposer sur un idéal égalitaire. Or, devenir père et mère fait ressurgir des archétypes sexués. Les deux partenaires sont amenés à se demander quel père ou quelle mère ils souhaitent pour leur enfant. Ils ne peuvent pas renoncer totalement aux schémas parentaux dont ils ont hérité et qui viennent soudain buter contre le mode de fonctionnement conjugal mis en place avant l’arrivée d’un enfant. La femme prend conscience d’un savoir-faire maternel, elle a aussi plus de temps pour s’occuper du nouveau-né pendant son congé maternité De son côté, le père a moins de temps et se sent un peu maladroit, même s’il s’investit avec bonne volonté. Cette situation fait ressurgir un modèle traditionnel, qui génère des frustrations, des rancœurs Le couple doit redéfinir son contrat et ce n’est pas simple.

Quand les conjoints s’accrochent, à qui en veulent-ils ?A l’autre, à la situation?

C’est toute la question ! Je dirais qu’ils s’en veulent d’abord à eux-mêmes car ils éprouvent des besoins contradictoires générant des conflits intérieurs. Une jeune maman peut se sentir épanouie en assurant l’essentiel des soins à son enfant et, en même temps, trouver injuste que le papa n’en fasse pas plus. Comme si elle voulait être une mère 100 % investie avec son bébé et une femme 100 % intégrée à la vie active, ce qui suppose un partage des tâches rigoureux.

De son côté, un jeune père peut avoir du mal à faire coexister l’image de la mère et celle de l’amante, ce qui risque d’engendrer des inhibitions sur le plan sexuel. De façon inconsciente, chacun des partenaires est ainsi animé par des désirs contradictoires. Et comme la cause personnelle n’est pas identifiée, ils reprochent à l’autre le problème qui n’existe qu’en eux-mêmes. Lorsque je reçois en consultation des couples en conflit, j’essaye de les amener à prendre conscience de l’origine des tensions et des ressentiments.

A chacun, ensuite, de régler ses propres difficultés, mais cette mise au point permet au moins de dégager l’espace conjugal de problèmes étrangers au couple. La pression peut baisser d’un cran, ce qui rend possible le dialogue et la réflexion.

Les tensions ne viennent-elles pas du fait qu’on en demande trop, à soi comme à l’autre ?

Probablement en partie. Les couples d’aujourd’hui sont confrontés à une obligation de performances sur tous les plans : il faut être bons parents, bons amants, plein de talents, physiquement attirants, professionnellement excellents… Justement à l’âge où les enfants prennent beaucoup de temps. La pression sociale et personnelle est énorme ! Et comme les conjoints s’épuisent, ils s’accrochent. Mais pour peu qu’ils se posent pour voir le lâchant prise vis-à-vis de l’autre et surtout qu’ils se laissent le temps de sortir de ce goulot d’étranglement temporaire, ils se donnent les moyens de définir un nouvel équilibre conjugal. Les couples n’ont pas fini de s’inventer pour être encore plus épanouis ! .

Sophie Viguier-Vinson

Comments

comments